Culpabilité

régulation sociale ou manipulation psychologique

2696 mots soit environ 13 minutes de lecture.

Comment se sent-on coupable?

La question de la culpabilité m’intéresse à plusieurs titres:

  1. Ce sentiment qualifié communément de négatif parce qu’associé à une certain mal-être, est aussi connoté indésirable socialement, associé à un jugement extérieur. Il le devient d’autant plus que le mot “bienveillance” est invoqué à tout bout de champ dans les entreprises, comme un prérequis à toute forme de communication. “Nous souhaitons poser un cadre bienveillant pour la réunion”, comme si le comportement naturel en dehors ne l'était pas, et instillant une certaine culpabilité sur nos mauvais comportements passés. La nouvelle norme comportementale est donc que nous devons être bienveillants tout le temps, entendu le plus souvent par le fait de ne pas porter de jugement sur les personnes, ni sur nous même. Ce comportement idéal interdit du même coup tout sentiment de culpabilité, et lorsqu’on se surprend à émettre un jugement par réflexe ou habitude, nous n’avons plus qu'à nous sentir couplable. Paradoxe n°1.

Comment ne pas entrer dans une escalade à l’intélorance juste afin de ne pas se sentir coupable d'être soi ?

  1. Ce sentiment est de plus en plus ressenti collectivement face aux enjeux d’un monde en mutation et aux injonctions paradoxales qui voudraient à la fois nous responsabiliser individuellement sur l’adoption radicale de nouveaux comportements sans vraiment donner les moyens de les adopter dans le respect des besoins et valeurs essentiels, et celles incitant à toujours faire ou revenir comme avant au moindre trop gros écart.

Comment demander de consommer bio et cher à des personnes dont le souci premier est déjà de se nourrir, entendu suffisamment ?

  1. Comme la notation de chaque expérience client-fournisseur engendre des sentiments contraires ? Noter positivement un livreur ? ou ne pas noter du tout sert-il le livreur ? A quoi et surtout à qui sert la notation ?

Voter en démocratie ? Culpabilisant ou pas ? S’abstenir pour ne pas se sentir coupable d’avoir voté un tel ? de s'être trompé ou d’avoir été trompé ?

Ce contexte pose donc certains problèmes, et lève quelques questions sur comment faire alors ?

  • Comment et pourquoi en parler sans accroître notre sentiment de culpabilité ?
  • Dans quels cas peut-on “noter” sans culpabiliser ?

Différence entre les sentiments de regret et de culpabilité ?

  • Dans les débats de société d’ordre éthique qui incitent à une évolution de nos comportements et au respect de nouveaux principes, valeurs difficilement applicables de façon radicale.

  • Dans les équipes agiles qui ont à supporter des obligations de réussite, de résultat, là où la permission d'échouer est encore timide et toujours à géométrie variable.

Comment sortir de ces situations paradoxales, où malgré les intentions positives, nos ressentis négatifs persistent et la culpabilité nous handicape ?

  • Sous l’angle sociologique, les techniques marketing de plus en plus avancées dans la connaissance et la manipulation de nos émotions, usent depuis longtemps de la culpabiblité pour influencer leur cible.

  • Sous l’angle du droit, et de la justice, quel processus permet de juger de la culpabilité d’un personne, et qu’en est-il du rapport avec les émotions réelles des parties prenantes (la personne soumise au jugement, les juges, les jurés, …)

  • Dans un contexte d’accompagnement d'équipe

  • Dans une organisation plus large

Existe-t-il une utilité du sentiment de culpabilité ? Se sentir coupable / être coupable a-t-il une fin ?

“Qui vole un oeuf, vole un boeuf” “Voleur un jour, voleur toujours”

  • Pour soi
  • Pour les autres qui le suscitent en vous…

Approche personnelle du sentiment de culpabilité

  • Psychanalyse : Revenir dans le lointain passé, pour trouver la source du sentiment de culpabilité, chercher l’explication cause/effet. Dissocier la responsabilité de ce sentiment de la personne en cherchant la cause racine extérieure.

  • Coaching : Rester dans le présent, considérer ce sentiment comme un “signe” positif, une invitation à passer d’une situation d’inconfort à une situation plus favorable. Usage du futur : se projeter dans une situation de réussite future, pour aider à redéfinir la place de ce sentiment. Qu’est-il devenu ? Usage du passé : aider à se rappeler des moments de réussite où la culpabilité était utile, ou absente

Peu importe l’orgine de la culpabilité. Le résultat, la situation future est à définir par la personne. Les ingrédients du résultat peuvent être divers:

  • volonté de réparer, de rééquilibrer les choses par rapport à une action passée

  • lorsque l’irréparable a été commis, qu’il n’est plus possible de revenir à l'état d’avant ? Que faire ?

  • Quelle est la volonté de la personne ? Quel est cette force qui pousse à ressentir, à réfléchir ? avec comme possible issue le fait d’agir ?

Le pardon

  • Un acte bienveillant envers soi
  • Une seconde chance
  • Une confiance en l’avenir.

Se pardonner plus fort que pardonner

Est-il possible de se sentir coupable alors que l’on a rien à se faire pardonner ?

Lorsque le pardon semble inefficace ou ne pas faire partie de la solution.

  • Pardonner à, ou se faire pardonner par, quelqu’un de disparu (parents, …)
  • Pardonner à, ou se faire pardonner par, un être diffus, abstrait ou spirituel (“le monde”, “dieu”, “une valeur”)

Comment sortir d’une culpabilité limitante ?

Pardon intrinsèque vs extrinsèque: Se pardonner à soi-même vs être pardonné par…

Good & Happiness

“Si tu n’as pas une rolex à 50 ans c’est que tu as râté ta vie”. rolex = bonheur ? Croyances sur le bonheur et la réussite qui lorsqu’ils ne sont pas au rendez-vous font naître un sentiment de culpabilité chez soi ou pire

Victimes qui l’auraient mérité.

Le syndrome de Stockolm - Aimer son bourreau

La victime se sent coupable elle-même de ce qui lui arrive car dans l’incapacité de remettre en question …

Les pervers narcissiques qui exploitent la faiblesse de leurs victimes, les font culpabiliser dans leur intérêt.

Responsabilité et culpabilité

“Responsable mais pas coupable”

“A grand pouvoir, grande responsabilité” Spiderman. Culpabiliser de ne pas faire (ne pas avoir fait) ce qui est en son pouvoir.

Morale utilitariste / déontologique “Charité ordonnée commence par soi même.”

Une finalité synonyme de réussite ou de non échec, peut être de ne pas se sentir coupable, d’avoir la conviction d’avoir fait ce qu’il fallait faire, et que personne n’aurait fait mieux… Etre pleinement responsable priverait ou diminurait le sentiment de culpabilité, et permettrait le détachement suffisant pour un alignement personnel, contre balançant tous les signaux négatifs comme le fait d'être jugé coupable.

La courbe du deuil de la culpabilité

  • Faire le deuil d’une situation passée, de la personne que l’on croyait être, ou que l’on croit être à présent
  • Faire émerger une nouvelle réalité plus positive, faire évoluer les ressentis

Se sentir coupable c’est refuser une part de soi …

Références

  • Socialter Décembre 2020 - Numéro consacré à la culpabilité

  • Michel Serres, Morales espiègles - Sur le pardon

  • Fabrice Pepin, Les vertus de l'échec, Champs

  • Paul Watzalawick, Faites vous même votre malheur, Points Essais

  • Les 5 blessures

  • Alain Supio sur le droit, la justice

  • Manifeste du leadership

Histoires / Débats de fond

  • sur la peine de mort
  • sur la responsabilité et le pouvoir des décisions
  • sur les principes de prévention et de précaution

Coaching bienveillant

Faire avec ce qui est là. Ne pas fabriquer des sentiments qui ne soient pas déjà là.

Comment vous sentez-vous ? Que ressentez-vous par rapport à cette situation ?

Que faire lorsque le client ne pratique pas les exercices prescrits entre 2 séances ?

  • ignorer ?
  • le déculpabiliser ?
  • lui demander de faire autre chose à la place de plus ou moins contraignant ?
  • faire en séance avec ce qui est là ?

Petits jeux et exercices de culpabilisation

Le jeu permet de s’exercer à être coupable ou à ne pas l'être

L’intérêt du jeu est de nous placer dans des situations virtuelles où il est permis de faire “comme si” nous étions réellement coupables ou accusés de l'être et donc à nous faire ressentir la culpabilité, sans quelle porte préjudice aux personnes dans la réalité.

Le debriefing d’un jeu est utile pour apprendre, approfondir, pour parcour le reste du chemin qui sépare l’univers virtuel de la réalité.

Des jeux pour s’exercer au mensonge, à la trahison, au meurtre sans culpabilité, puisque c’est le jeu… L’intérêt est de s’exercer à décrypter chez l’autre, les bonnes et mauvaises intentions, et de faire prendre conscience que la confiance envers les personnes, ou ses propres compétences face à l’incertitude, a ses limites. D’un autre côté, le fait d’un risque réduit dans le jeu, de ne rien perdre (autre que du temps), le rend plus addictif, immersif.